En cette période de confinement - Découvrons un talent de Chiconi : Mikidache.

Cher Mikidache, au nom de la République Française, nous vous faisons Chevalier dans l’Ordre des Arts et des Lettres.Découvrons un talent de Chiconi - Mikidache

" Cher Mikidache,
Qui est celui qui se cache derrière ce surnom qui signifie « quelqu’un de bien » ? Comment devient-on l’un des plus grands talents des musiques d’outre-mer ?

Né d’un père indépendantiste, vous n’avez que 6 ans quand vous quittez Mamoudzou. L’affrontement de 1974 entre ceux qu’on appelait alors les « sorodats » et les « serrez-la-main » ne laisse guère le choix à votre famille, qui part s’installer sur la Grande Comore, à Moroni. C’est là qu’à l’adolescence vous apprenez la guitare en autodidacte, sur l’instrument d’un diplomate sénégalais conseiller du président comorien. Après avoir fondé votre premier groupe, Sy, que vous rebaptiserez Ylang-ylang, vous tentez l’aventure parisienne en 1986, à l’âge de 17 ans. Les rencontres avec le milieu artistique africain s’avèrent fructueuses et débouchent sur un premier enregistrement. Mais tout cela vient un peu tôt, diront vos parents, qui vous imposent le fameux « passe ton bac d’abord ». Vous revenez donc en 1989 à Moroni, où vous passez votre baccalauréat, avant de visiter votre île natale, Mayotte, sur laquelle vous posez enfin votre premier regard d’adulte.

De retour en France en 1995, la débrouille des débuts s’avère gagnante.

Un peu de « sciences éco » à Aix-en-Provence, un « petit boulot » dans un fast food pour gagner un peu d’argent, puis de retour à Paris – qui mérite décidemment sa réputation comme étant l’une des capitales des musiques africaines -, c’est Jules Bikoko, le contrebassiste camerounais qui vous met le pied à l’étrier, avec la complicité du compositeur Armand Amar, de Fabrice Thompson à la batterie et de Pascal Pallisco à l’accordéon. Vous lancez votre premier album deux ans plus tard, « Kauli » (1997) – avec des textes en mahorais et en français, pour lequel vous obtenez le prestigieux Prix Découverte de RFI en 1999, avec un jury présidé par Manu Katché.

C’est la révélation : les portes du New Morning et du Bataclan vous sont ouvertes. Celles de l’Allemagne aussi, de la Suisse, et du Fespam, le grand festival panafricain de musique de Brazzaville.

Après avoir pris le temps de la maturation, vous sortez en 2004 votre second album, « Hima », qui signifie « debout, lève-toi » : la reconnaissance critique est immédiate pour cet opus où vous vous appuyez sur votre fidèle équipe, en accueillant au passage quelques grandes stars parisiennes comme Régis Gizavo, l’accordéoniste malgache, ou encore Magic Malik à la flûte. Vous participez alors au Donia, le festival de Nosy Bé à Madagascar – pas très loin d’ici - puis aux Francofolies de La Rochelle de 2005, avec les autres lauréats du concours « 9 semaines et 1 jour » organisé par RFO. Avec M’godro Gori, votre troisième album chanté en mahorais et en malgache avec la participation
de très grands noms de la musique de la Grande Île, vous affirmez plus clairement ces racines malgaches que vous partagez avec une grande partie des mahorais. C’est sur cette base que vous partez à la conquête des publics du Solidays, de Musiques Métisses, ou encore d’Africolor 2006, avant de prendre la route de Madagascar et du festival Sakifo de La
Réunion.

Alors que vous chantez en duo avec votre ami M’Toro Chamou, à la fin de l’année 2007, après 12 ans passés en métropole, vous choisissez de partir vous installer à Mayotte, où vous n’aviez jamais vécu depuis votre petite enfance. C’est un choix de vie et un engagement que vous manifestez, dans l’idée de contribuer à redynamiser la scène musicale mahoraise. De
cette scène, celui que l’on surnomme souvent « la voix d’or des Comores » est désormais l’une des plus grandes fiertés.

Car Mikidache, c’est une rythmique que l’on reconnaît entre toutes, celle d’un guitariste hors pair, aux accords libres et aux paroles qui portent le message du relèvement, de la liberté et du respect. Je pense à ce que loin d’ici, Edouard Glissant, dans un univers ultramarin différent, appelait la « poétique de la relation » : vous nous offrez une musique marquée par les perceptions plurielles de la diaspora, par les allers-retours qui créent le
décentrement du regard - le regard sur l’autre, le regard de l’autre, que l’on croise lors des rondes de pleine lune.

Cher Mikidache, au nom de la République Française, nous vous faisons Chevalier dans l’Ordre des Arts et des Lettres."

Discours du ministre de la culture. Frédéric MITTERRAND.

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