Mayotte au Salon du Livre Paris-Versailles 2019 "Décoloniser l’histoire et la littérature mahoraises"

 

Le Salon du Livre de Paris a accueilli trois auteurs mahorais et non des moindres : Nassur Attoumani, Ambass Ridjali et Soula Saïd Souffou ont représenté dignement notre île au stand financé par le Conseil départemental, sous l’égide de la Direction du livre et de la lecture publique.

Mayotte au Salon du Livre Paris-Versailles 2019  "Décoloniser l’histoire et la littérature mahoraises"

Les Mahopolitains n’ont pas boudé leur plaisir. Succès garanti pour cette cuvée 2019 qui a mis à l’honneur des écrivains émérites, non des vendeurs de cartes postales métropolitains ou des scribes payés par la commande publique pour coucher sur le papier leurs impressions tropicales, leurs sentiments exotiques, à la manière des ethnologues de triste mémoire qui ont fait de Mayotte leur objet d’étude folklorique, leur source de notoriété et leur commerce éditoriale. 
Cette participation, inédite, soulève toutefois une controverse. Notre département a été, une fois encore, discriminé, exclu du stand dédié à l’Outre-mer. La faute en est imputée à la Direction des affaires culturelles (DAC préfecture) et à son appendice, l’Agence régionale du livre (ARL), deux structures qui dépendent du ministère de la Culture et du ministère de l’Outre-mer, leurs bailleurs de fonds. 
Au chapitre de la polémique, notons l’absence remarquée des sociétés d’édition locales qui sont des acteurs susceptibles de contribuer à la prise des décisions politiques et de veiller à la bonne gouvernance administrative. Leur rôle est primordial, il s’agit à la fois, d’éditer des ouvrages, de commercialiser les œuvres, de promouvoir les auteurs, de participer à la préservation de la mémoire collective par la transmission du patrimoine historique et culturel à travers le livre, et de donner une visibilité au livre afin qu’il puisse assurer dans le contexte postcolonial une fonction éducative, sociale et intellectuelle.

Une dimension économique et culturelle

L’activité des sociétés d’édition a une double dimension économique et culturelle. Les aides à l’édition et à la publication renvoient à ces deux fonctions essentielles. Or, les ouvrages vendus dans l’île relèvent du marché de l’importation. Les activités d’édition propres à Mayotte sont quasiment inexistantes faute de financement, ce qui n’incite guère à une production locale régulière, significative et de qualité. Cette situation est déplorable !
En effet, aucun ouvrage n’a été édité par une entreprise mahoraise ces dernières années, malgré les budgets gérés par les institutions habilitées. La question se pose donc de savoir à quoi servent les crédits disponibles ? La réponse aux interrogations des professionnels du livre ressort de la compétence de l’autorité publique. Malheureusement, on constate que l’édition littéraire reste « le parent pauvre » de la culture. Une aide publique durable et des moyens en soutien à la création et à la diffusion des œuvres est indispensable. De même qu’une transparence accrue dans les choix opérés par les administrations culturelles entre maisons d’édition, dans les critères d’évaluation retenus et dans les montants attribués.
Compte tenu des coûts d’impression prohibitifs localement, le subventionnement des maisons d’édition est impératif. Le soutien financier vise à mettre le livre dans la liste des services et des biens culturels dont les pouvoirs publics doivent assurer la promotion, à un prix abordable. En l’absence d’accompagnement des projets et d’appui au développement, il y a une crise quantitative du secteur de l’édition du livre (on en publie pas assez), et une crise qualitative. Ce sont bien les ouvrages de fond qui sont particulièrement fragilisés, ce sont eux qu’il convient donc de soutenir en priorité, par respect pour le lecteur et dans un souci de formation de la jeunesse. Conscientiser le peuple au lieu d’amuser le public avec des productions de divertissement coûteuses, payées par l’argent du contribuable, voilà la mission du département et de la préfecture. On aperçoit là le chemin à parcourir pour que les auteurs mahorais acquièrent un statut reconnu par les pouvoirs publics et respecté de tous. On entrevoit aussi l’effort à réaliser pour décoloniser l’histoire de Mayotte et la littérature mahoraise.

Source : Zaidou Bamana


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