Lutte contre le racisme : « Ceux qui prônent une vision étriquée de la France se trompent », Frédéric Potier

Dans une interview accordée à Outremers360, Frédéric Potier, délégué interministériel à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (DILCRAH), revient sur le débat autour du voile et de l’Islam, qui a plongé la France dans « une forme d’hystérie collective ». 

Lutte contre le racisme : « Ceux qui prônent une vision étriquée de la France se trompent », Frédéric Potier

Dans une interview accordée à Outremers360, Frédéric Potier, délégué interministériel à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (DILCRAH), revient sur le débat autour du voile et de l’Islam, qui a plongé la France dans « une forme d’hystérie collective ». 

Il met en exergue les exemples ultramarins, notamment de La Réunion et Mayotte, pour prouver que « l’Islam n’est absolument pas incompatible avec la laïcité ». Mais avant tout, Frédéric Potier détaille l’appel à projets locaux pour lutter contre toutes les formes de haines qui, cette année, s’étend à la Polynésie française. 

Lancé début octobre, l’appel à projets locaux, « doté de 2,3 millions d’euros », « s’adresse à tous les territoires de la République, les départements comme les Outre-mer », explique le délégué interministériel. « C’est la possibilité pour les associations, les institutions locales de déposer les dossiers en préfecture ou dans les Haut-commissariat pour bénéficier d’un soutien financier. Ce sont les préfets et Haut-commissaire qui font une instruction au plus près du terrain et permettre de détecter les meilleurs programmes, les meilleures initiatives », détaille-t-il.

Le champ des interventions de cet appel à projets locaux « est très large ». « Ça peut aller d’une pièce de théâtre à un évènement sportif ou des interventions en milieu scolaire. Le point commun de tout ça, c’est la lutte contre la haine, la lutte contre l’intolérance. Ça peut prendre différentes formes. C’est au préfet, qui a l’intelligence territoriale, de soutenir les meilleurs projets qui ont plus d’impact au niveau territorial ». Cette année, et en raison d’une forte demande venant particulièrement des associations LGBT, l’appel à projet a été étendu à la Polynésie française.

À ce sujet, l’association Cousins-cousines, qui œuvre auprès des jeunes homosexuels et transsexuels de Polynésie, avait récemment souligné l’absence de refuge pour les personnes victimes d’homophobie et de rejet de leur famille. Pour Frédéric Potier, « l’idée c’est de créer sur tous les territoires les outils les plus efficaces : ça peut être des lignes d’écoutes, des refuges, des centres d’accueil, des permanences juridiques, et là encore, on fera avec les associations locales ». « C’est parfois beaucoup d’énergies, beaucoup de financement. On regarde aussi avec le pays s’il y a besoin d’un soutien de ce côté-là ».

Une ligne d’écoute aux Antilles

En Guadeloupe, l’association Amalgame Humani’s, a inauguré, ce 1er novembre, la première ligne d’écoute pour les personnes victimes d’Homophobie baptisée « Voix arc-en-ciel ». Ce projet n’aurait probablement pas vu le jour sans l’appui de la DILCRAH. « C’est un engagement qu’on avait pris à l’automne dernier avec Marlène Schiappa », rappelle Frédéric Potier. « On s’était rendu compte qu’il y avait une ligne d’écoute pour les victimes de haines anti-LGBT dans certains territoires, notamment La Réunion et la Guyane, mais que la Martinique et la Guadeloupe en étaient dépourvues ».

Après un an de travail comprenant la recherche de l’acteur local pour « opérer la mise en œuvre de cette ligne d’écoute », et les « formations (…) avec des associations nationales, Le Refuge et SOS Homophobie, pour que des bénévoles locaux puissent recueillir ces paroles et orienter les victimes », la ligne d’écoute est finalement opérationnelle et joignable au 0690 757 767 (appels et SMS), 24h/24 et 7j/7. « Il faut qu’on puisse proposer aux Ultramarins cette capacité d’entendre une parole de victime. C’est une question d’égalité entre les territoires », assure Frédéric Potier.

Voile et Islam : « on a entendu tout et n’importe quoi »

Plusieurs fois sollicité pour réagir à la polémique sur le voile et l’Islam qui a récemment monopolisé le débat public, Frédéric Potier regrette « une forme d’hystérie collective ». « Sur les questions de République, d’Islam, de laïcité, on a entendu tout et n’importe quoi venant de commentateurs. Est-ce qu’on a entendu les intéressés ? Non. Est-ce qu’on a entendu les Historiens, les Sociologues, les présidents d’associations ? Non. On a fait de ce thème un enjeu pour les plateaux télévisés pour des gens qui ont cherché à se construire une notoriété et qu’on n’a pas discuté du fond », dénonce-t-il. Ce débat, parfois violent symboliquement, aurait-il pu avoir la même résonnance en Outre-mer, notamment dans des territoires comme La Réunion ou Mayotte (plus de 90% de musulmans), où l’Islam a un ancrage bien plus important que dans l’Hexagone ?

« Pour bien connaître ces territoires, La Réunion et Mayotte, l’Islam se confond complètement avec la République », affirme Frédéric Potier pour qui « l’Islam n’est absolument pas incompatible avec la laïcité. On a un Islam de France structuré, qui vit paisiblement dans de nombreux territoires et en particulier en Outre-mer ». « Je ne suis pas inquiet de notre capacité à vivre-ensemble que ce soit à La Réunion, à Mayotte, en Nouvelle-Calédonie ou en Polynésie où on a des identités très fortes en termes de cultures, de langues, d’Histoires sans être incompatible avec un projet national », assure encore le délégué interministériel.

« Les Français connaissent très mal les Outre-mer », reconnait Frédéric Potier. « Et justement, ils méconnaissent cet équilibre, cette société métissée, créolisée, foisonnante. Et tous ceux qui prônent une vision étriquée de la France, réduite à une seule religion ou une seule ‘race’, se trompent. Ils ne voient pas la France telle qu’elle est aujourd’hui, riche de ses Outre-mer. La société réunionnaise c’est un exemple parfait de la capacité non seulement de vivre ensemble et de faire ensemble », conclut-il.

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